L'abus de confiance
L'impact des délits
contre les biens est socialement important en raison de leur fréquence
et de leurs conséquences sur le patrimoine de leurs victimes. La
presse s'en fait souvent l'écho. Etant une atteinte aux biens, le
délit d'abus de confiance est ainsi connu de nom par le plus grand
nombre. Mais, qui n'a pas tendance à l'assimiler à d'autres
infractions contre les biens comme le vol ou l'
abus de confiance ? La
caractéristique essentielle de l'abus de confiance est l'existence
d'un cadre contractuel comme préalable à l'éxécution
de l'infraction. L'atteinte au patrimoine d'autrui résulte de
l'inexécution frauduleuse de certaines obligations contractuelles.
C'est l'article 314-1 du code pénal, premier article du chapître
consacré aux détournements de biens, qui définit et
punit le délit
d'abus de confiance.
Code pénal Article
314-1 - L'abus de confiance est le fait par une personne de détourner,
au préjudice d'autrui, des fonds, des valeurs ou un bien quelconque
qui lui ont été remis et qu'elle a acceptés à
charge de les rendre, de les représenter ou d'en faire un usage déterminé.
L'abus de confiance est puni de 3 ans d'emprisonnement et de 375 000 euros
d'amende. 
Le délit se commet obligatoirement dans un cadre contractuel.
Il se distingue du vol
justement parce qu'il existe un contrat préalable par lequel un propriétaire
confit un bien à une personne. Cette dernière l'accepte à
charge d'en faire un usage déterminé et ensuite de le lui
restituer. L'infraction consiste à détourner le bien de sa
finalité contractuelle.
Le contrat : condition préalable à la consommation de l'infraction
Le contrat est le lien de confiance qui unit la future victime à
l'auteur de l'infraction. Il peut s'agir :
- d'un
contrat de louage,
- d'un contrat de mandat,
- d'un contrat
de prêt,
- d'un contrat de travail... Cette liste n'est pas
exhaustive.
- Seuls sont exlus du domaine de l'abus de confiance
les contrats qui transf'èrent la propriété (contrat
de vente par exemple) ou la possession .
Le contrat organise la remise de choses à titre précaire
à une personne : - Le bénéficiaire
n'a pas la libre disposition des choses car le contrat ne lui transfert
ni la propriété ni la possession. Il l'oblige à
les restituer ou les affecte à un usage déterminé.
-
Les choses qui sont remises à titre précaire peuvent être
de toute nature : des fonds, des valeurs, des biens matériels.
De par son contrat le bénéficiaire des choses à
des obligations :
- rendre les choses qui lui
ont été confiées selon les conditions du contrat
-
et / ou doit en faire un emploi ou un usage déterminé.
C'est la violation consciente et frauduleuse de ces obligations qui autorise
la qualification d'abus de confiance.
L'acte de détournement
Pour que le délit soit constitué, l'acte doit être frauduleux.
Il faut aussi qu'il soit volontaire. Cette volonté, que l'on
appelle en droit l'élément moral, est une condition indispensable
pour constituer le délit.
Le détournement est un acte matériel frauduleux. Le détournement
est l'élément matériel
de l'abus de confiance.
- L'auteur du détournement
ne respecte pas ses obligations contractuelles. Normalement une violation
contractuelle ne donne droit qu'à une réparation civile (dommages
et intérêts).
- L'abus devient frauduleux parce que
l'auteur utilise la chose confiée comme s'il en était propriétaire.
Il lui est donc parfois impossible la restituer en état.
Le détournement est un acte volontaire. La volonté de
commettre l'acte est l'élément moral
de l'abus de confiance.
- Le prévenu a parfaitement
connaissance du caractère précaire de la remise marqué
par l'obligation de restituer ou par un emploi déterminé de
la chose.
- En la détournant de son usage normal tel que prévu
au contrat il affirme sa volonté consciente de se l'approprier.
Il a alors conscience d'agir en violation de ses obligations.
- L'intention
frauduleuse ne se constate pas en termes particuliers mais se déduit
du comportement du prévenu. A cet égard les juges ont
développé un système de présomptions de fraude
découlant des circonstances de fait. Ils sont souverains dans leur
appréciation.
Le détournement cause un préjudice au propriétaire
de la chose confiée.
- Le préjudice
résulte du fait que le bien est temporairement ou définitivement
indisponible pour la victime. Le détournement empêche en effet
le propriétaire de la chose remise d'exercer ses droits dessus.
- Le
simple constat de l'impossibilité de restituer la chose ou le simple
retard dans la restitution de la chose confiée ne suffit pas à
prouver qu'elle a été détournée.
- Pour
constituer le délit, l'impossibilité de restituer en temps
voulu la chose confiée doit toujours être la conséquence
d'un détournement volontaire et frauduleux.
Exemples d'abus de confiance :
Commet un abus de confiance...
- le salarié
qui utilise le véhicule de la société ou la machine
à affranchir le courrier pour son usage personnel
- celui
qui détourne le fichier clientèle de sa société
à des fins personnelles
- l'employé qui transmet à
un tiers des bandes magnétiques confidentielles pour en faire des
copies avant leur restitution
- l'élu d'un comité d'entreprise
qui dispose de la subvention de fonctionnement du comité pour couvrir
de nombreuses dépenses personnelles.
En revanche, commet un vol celui qui emporte des objets provenant
de son lieux de travail ou celui qui photocopie sans autorisation des documents
sociaux. La différence avec l'abus de confiance résulte de
l'absence de lien contractuel portant sur ces biens.
| La sanction
de l'abus de confiance
Tous les éléments constitutifs doivent être prouvés
pour que le délit soit constitué et sanctionné : le
lien contractuel, le détournement, la mauvaise foi de l'auteur et
le préjudice subi. Les personnes physiques risquent :
- 3 ans d'emprisonnement et 375 000 euros d'amende
- 7 ans d'emprisonnement
et 750 000 euros d'amende pour l'abus de confiance aggravé (abus
de confiance commis par des personnes qui font appel au public pour obtenir
des fonds...)
- des peines complémentaires prévues par
l'article 314-10 du code pénal.
 Les
personnes morales risquent : - 5 fois l'amende
prévue pour les personnes physiques
- la dissolution de la
personne morale, des interdictions d'exercice...
La prescription des poursuites, qui est de 3 ans, court du jour où
la victime disposait des éléments nécessaires à
la découverte du détournement.
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